Rien. La chute. Au loin des bulles jaunâtres sur fond même pas noir. Plutôt gris. Silence absolu. Revenir à moi. Toujours inconscient, main
droite qui passe sur le front. Prise de conscience. Yeux lourds, gonflés, qui collent. Je pèse une tonne. C’est quoi une tonne ? Péniblement mais très lentement quand même, ouverture des
yeux. Reprise avec la réalité. Lumière !
Mur blanc. Blanc le mur. Que c’est calme un mur blanc. Que c’est blanc, un mur blanc. Aucune sollicitation. Aucune stimulation. Du blanc
partout autour de moi, du moins dans le champ de vision que j’ai sans avoir encore remué la tête. Du mur partout également. C’est ce qui explique le blanc. Je repose le bras droit à même le sol,
puisque je suis moi-même étendu sur le sol. Je constate que je suis vêtu d’un tissu blanc. Tout est blanc.
Ma lucidité revient : « …alla… ama… non !
…ami… »
Laisser ma lucidité repartir. Fermer les yeux. Se laisser replonger dans l’inconscient total, le
néant. Ne plus résister. Ne plus penser. Noir sec !
Au loin des bulles jaunâtres sur fond même pas noir. Elles remontent dans mon champ de vision sans pourtant disparaître. De nouvelles bulles
arrivent de je ne sais où. Et pourtant, je n’ai même pas encore ouvert les yeux. Revenir à moi. Main droite qui passe sur le front. Yeux lourds, gonflés, qui collent toujours. Qui suis-je ?
Et pourquoi ? Ouvrir les yeux. Lumière !
Je me souviens : blanc, le mur. Le mur est blanc. Le mur est haut. Blanc jusque tout en haut du mur. C’est bien d’être un mur :
besoin de ne rien faire. Juste d’être un mur. Comment fait-on pour devenir mur ? Blanc, tout est blanc. J’ai déjà vu ce mur blanc. Ici même. Sans bouger de la tête, je ne vois que du
mur, et que du blanc. Mais s’il n’y avait pas de mur derrière moi ? ni là où je n’ai pas encore regardé ? J’ai peur. La panique me fait bouger la tête : je vois. Il y a du mur
partout. Et blanc également. Je suis rassuré. Mais cette ouverture, tout là-haut ? Une fenêtre. Qui laisse passer de la lumière naturelle. Qui me permet de voir. Quelle horreur, mais quelle
horreur. Ah non, je me trompe : c’est bien de voir.
Ma lucidité revient : « …china… ami… avé… ».
Le blanc de ce mur est si reposant. Moi, allongé à même le sol. Habillé de quelque chose de blanc qui ressemble à un drap. Je ne sais pas si je
suis confortablement allongé ou pas. Je sais juste que… que quoi ? je ne sais pas mais je sais que quelque chose ne tourne pas rond.
Fermer les yeux. Inspirer à fond. Se laisser repartir. Ne plus penser à rien. Le mur blanc est présent. Il me rassure. Noir sec !
Au loin des bulles jaunâtres sur fond même pas noir. Silence autour de moi. Ma bouche est pâteuse. J’ai soif. J’ai mal à la gorge tellement
j’ai soif. Ma main droite qui passe sur mon front, frotte mes yeux endoloris. Essayer de les ouvrir. Lumière !
Le mur blanc. Je me souviens. J’aime ce mur blanc. Je n’aime juste pas l’ouverture tout en haut qui rompt l’harmonie de ce mur blanc qui
m’entoure. Aucune aspérité sur ce mur blanc. J’arrive à le toucher puisqu’il se trouve tout à côté de moi. Quelle bonne idée. Effort surhumain pour tourner la tête. J’y arrive. Quelque chose
perturbe l’harmonie de la pièce. Un gobelet en plastique. Rempli d’eau. De l’eau. J’arrive à donner un nom à toutes ces choses. A réfléchir. A être cohérent. Donc je dois être plus qu’un mur. De
l’eau. Je dois la boire. L’eau est faite pour être bue. Parler. Je peux parler aussi. Je me souviens. Desserrer la mâchoire, ouvrir la bouche. Oui c’est ça.
Boire. Apprécier l’apaisement. Je me sens apaisé.
Ma lucidité revient. A voix haute, je hurle, je ne sais pas pourquoi : « MACHINE A LAVER –
AMIRAL ». Juste ça. Toujours et encore. Pendant de longues minutes. Mon corps ressent l’absence. Le mur blanc ne suffit plus. Il me faut une MACHINE A LAVER. Il me faut un AMIRAL. Je m’époumone. Je cris. Je braille.
Je me sens mal. J’ai envie de pleurer, mais je ne peux pas. Je me sens à nouveau lourd, si lourd. Fermer les yeux, se laisser emporter à
nouveau vers le néant. Noir sec.
Pendant ce temps, quelque part non loin de cette pièce aux murs blancs, un coup de fil :
« - Allo, Docteur Schneider ? Oui, écoutez, pour Anténor, ça n’a pas marché. Mais alors pas
du tout. Venez vite, nous sommes très inquiets. »
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