Ca y est. C’est décidé. Il faut que je devienne plus people, plus terroir, plus proche de cette France de tous les jours, pour ne pas dire « d’en bas ». Mon coach a réussi par me convaincre du bien-fondé de cette thérapie. Oui ! Mon coach ! Tout le monde a un coach maintenant. Qui te dit comment t’habiller. Qui te dit comment te coiffer. Qui te dit comment te meubler. Il n’y a pas encore vraiment de diplôme pour être coach, c’est une espèce qui s’autoproclame. En général, des gens bien intentionnés autour de soi, qui pensent que parce qu’ils ont dit qu’on ne devrait plus porter de costume à velours orange et de chemise au col pelle à tarte sont convaincus d’être habités par la science infuse. Avec mon coach, nous nous entendons super bien : il fait semblant de me conseiller, et je fais semblant de l’écouter. De toutes les façons, je m’habille en noir la plupart du temps. Ce n’est ni maladif, ni obsessionnel, ni névrotique : pratique. Pas besoin de savoir qu’est ce qui va avec quoi. Pas de question à se poser sur quelle couleur va avec quelle autre. Au niveau cheveux, ma coupe floue reste toujours floue quelque soit l’acharnement de ma coiffeuse, Gaby.
Enfin bref. Tout cela pour vous dire que j’ai décidé de me fondre dans la masse populaire et de me plonger carrément dans le mi
crocosme alsacien (c’est là où je sévis). Ecoutant ainsi les conseils de mon coach, j’ai appelé R et H (un couple) et V pour me laisser convaincre à aller dîner à Neuwiller les S. Dans un restaurant rustique. Un dimanche soir. A 18h30. Je sais, ça fait tôt. Mais nous les alsaciens nous aimons bien l’ordre. Et on aime bien aussi quand c’est fait. Car quand c’est fait, ce n’est plus à faire. Bref, nous nous sommes retrouvés dans ce village où je n’avais plus mis les pieds depuis 23 ans. A l’époque je n’étais pas encore Maréchal-Président, ni célèbre. En rentrant dans le restaurant rustique, et devançant les demandes, j’ai signé tout de suite quelques autographes pour avoir ensuite l’espoir de dîner en paix. Une fois à table, une petite vieille assise non loin de la notre, m’a elle aussi reconnu et m’a fait un petit salut ami
cal de sa main atrophiée. J’ai légèrement acquiescé de la tête, signe que j’avais noté sa marque de sympathie. Après avoir commandé (les prix figuraient sur la carte du menu, c’est ainsi que cela se pratique dans la France d’en bas paraît-il) notre repas, les discussions (people et terroirs) allèrent bon train :
- V. nous raconta qu’elle s’était levée à 4h30 rejoindre son médecin, chasseur pendant ses temps perdus, en haut d’un mirador. Je l’interrogeai sur le gibier potentiel dans cette vallée reculée de l’alsace du nord, en pensant au Comte de P. avec qui je chassais encore récemment. Je n’y étais pas du tout. V. était allée se faire secouer par son médecin un dimanche matin à 5hoo sur un mirador. A ce qu’il parait, ils n’ont pas vu de gibier ce matin là. Vu que V. parle déjà assez fort naturellement, et que dans un restaurant quand elle te demande de lui passer du pain, ce sont des clients d’une table du fond qui se lèvent pour le lui apporter, cela ne m’étonne pas qu’ils n’en aient pas vu du gibier.
- J’essayai d’ac
crocher la conversation sur mes efforts d’être plus people, en racontant comment sortant de chez Prada à Strasbourg la veille je me suis aventuré chez Eurodif où j’avais pu trouver un lot de 3 paires de chaussettes blanches à 1,5€. Peine perdue. En échos aux pseudos exploits de V., R et H ont pris un malin plaisir à nous dire qu’ils se sont livrés au plaisir charnel l’avant-veille à 19h15 et encore le matin même.
- Et alors, moi qui vis seul, je ne pouvais évidemment pas livrer à table les prouesses avec ma meilleure amie, ma main droite. Du coup, je leur ai demandé s’ils connaissaient la position de
la Tortue. Me confirmant que non, je leur ai donc expliqué dans les moindres détails cette position qui ne figure dans aucun Kamasutra. C’est dommage que vous n’aimiez pas les billets trop longs, sinon je vous aurais bien expliqué à vous aussi la position de la Tortue car elle est très amusante. Même la petite vieille assise en bout de table non loin de nous a eu un regard admiratif et subjugué.
Alors n’insistez pas : vous me l’avez assez dit ! « Tes billets sont trop longs ». Je m’arrêterai ici, sans chute, sans tortue mais avec le sentiment rassurant d’avoir accompli ma bonne action du mois : avoir été plus people, plus terroir.
Derniers Commentaires