Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.
(Eduardo Galeano)
Bien chère Madame,
C’est un peu à dessein que j’ai attendu le jour de la Pâques chrétienne, symbole de la résurrection de Celui qui est censé régenter à sa manière notre vie, notre terre, notre univers, pour publier ce billet.
Animé par un sentiment de révolte rageuse, une tristesse immense, une peine profonde et sincère j’ai envie de hurler à la face de nos dirigeants toute ma colère et ma haine, puisque vous n’avez pas été en mesure de le faire, et vous ne le serez jamais plus.
Face à cette maladie terrible et dégénérative qui vous a non seulement défigurée mais infligée probablement des douleurs insupportables, vous vous êtes heurtée à un savant mélange de technocrates, de spécialistes ès…, de politiques qui ont lamentablement échoué et dont le seul sort serait peut-être de vivre ce que vous avez vécu. N’allons pas jusque là !
Je ne sais pas en combien d’Unes vous avez figuré, les jours précédant votre décès. Tout le monde a eu son mot à dire, mais personne n’a voulu vous écouter, prendre en considération vos désirs. Ah, elle est belle la France des droits de l’homme, qui est allée vous enlever ce qui vous restait de dignité pour vous exhiber en nous expliquant : « il faut qu’elle vive ».
Probablement auriez-vous aimé que votre mort serve au moins à faire avancer la douloureuse et terrible question du choix volontaire de l’instant de sa propre mort. Vous auriez sans doute pu choisir de mourir de manière anonyme, mais peut-être auriez-vous voulu que votre mort serve de victoire sur certaines formes de maladie.
L’humanité semble ainsi faite qu’elle trouve toujours et à nouveau de nouvelles méthodes pour se faire mourir de plus en plus cruellement et perfidement : du coup de massue, en passant par la crucifixion (parfois la tête en bas), le bûcher, la pendaison, la guillotine, la chaise électrique, le gaz moutarde, les chambres à gaz, le napalm, les attentats. L’homme n’est jamais en reste lorsqu’il s’agit de trouver des idées pour assassiner son autre. Mais il est lâche quand il s’agit de remédier à des souffrances intenables.
Parce que je ne peux parler qu’en mon nom, je vous présente ici toutes mes excuses pour l’aide qui ne vous a pas été apportée. Finalement que vous soyez décédée emportée par cette terrible maladie, que vous ayez mis fin vous-même à vos jours, ou que l’on vous ait assistée secrètement n’a à mes yeux aucune sorte d’importance. Notre société dite de civilisation, dite moderne, vous a refusé le dernier sursaut d’humanité que vous lui avez demandé, et voilà ce qui m’écœure. Ainsi donc la preuve est faite qu'à une main tendue il n'est de réponse possible que si elle est prévue légalement...
Bien évidemment il existe une loi en France traitant de l’euthanasie, ce mot terrible que l’on ose à peine évoquer. Mais une loi est faite pour traiter des cas généraux, non pas des exceptions.
Vous en étiez une.
Chère Madame Chantal Sébire, pardonnez si je vous ai prêté des sentiments ou des intentions que vous n’avez pas eus. Mais c’est ainsi que j’ai compris ce qui vous est arrivé.
Oui, si j’ai choisi volontairement d’attendre ce dimanche de Pâques pour écrire ces quelques lignes, c’est pour vous dire sans préjuger d’une quelconque résurrection, que pour moi vous n’êtes pas morte. La lutte continue. Je vous promets que nous serons quelques-uns à y veiller.
Que ceux qui partagent cette cause n’hésitent pas à diffuser ce billet.
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