
Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.
(Eduardo Galeano)
Mai 68, Mai 68, vous avez vu ? Tous les libraires n’ont que des bouquins qui traitent de ça sur leurs étalages. C’est à vous dégouter d’écrire de beaux livres et d’essayer de devenir célèbre. Personnellement, je m’en fous : je n’écris pas de livres, je n’ai pas de projet d’en écrire, et célèbre je le suis déjà (je vous rappelle, une fois de plus, que je vais prononcer le discours d’ouverture du festival de Cannes, comme chaque année).
Mais enfin, que s’est-il donc passé en Mai 68 ? J’ai beau regarder les reportages les plus vulgarisateurs, lire les ouvrages les plus élitistes, écouter l’intelligentsia intellectuelle qui y a survécu : rien n’y fait. Je ne comprends pas. Et quand je ne comprends pas, je n’aime pas. Et il n’y a rien que je n’aime moins, que quand je n’aime pas. Car je n’aime pas ne pas aimer. Ca me fait boucler et tourner en rond.
Alors j’ai interrogé ma mère, pour savoir où elle était en mai 1968 : elle m’a demandé pourquoi justement mai 1968, qu’elle n’en savait rien, qu’elle travaillait à la boucherie du village chez son oncle. Je lui ai parlé de la grève générale, des barricades à paris, de la révolution power-flower, des revendications concernant la liberté sexuelle. Elle m’a regardé avec ses beaux yeux bleus (elle a beau avoir presque 70 ans, ma mère a les plus beaux yeux bleus que j’ai jamais vus), elle m’a dit : laisse-moi tranquille avec tes questions. Et elle est allée s’occuper de son pot-au-feu, de sa tarte à la rhubarbe, de son quatre-quarts …
Puis je suis allé interroger mon père, qui a beaucoup voyagé, surtout à cette époque. Et je lui ai demandé où il était en mai 1968 et ce qui s’était passé. Il m’a dit qu’il ne se souvenait de rien, qu’il était en Afrique, ah et puis non, peut-être qu’il était à Toulouse. Pendant que ses yeux bleus malicieux regardaient vers le ciel en essayant de se souvenir (mon père a beau avoir presque 75 ans, il a les plus beaux yeux bleus que j’ai jamais vus), je me résignais à ne rien apprendre de mes parents non plus. Et puis, maintenant que tu m’en parles, je me souviens me dit mon père, j’étais à Paris pour prendre le train à la gare de l’Est. Au loin on aurait dit qu’il y avait des gens qui faisaient la grève ou je ne sais pas trop quoi, mais tu sais : j’avais mon train à prendre.
Alors que moi, je n’ai pas les yeux bleus (enfin ce n’est pas qu’ils ne sont pas bleus du tout mais ils ne sont pas gris non plus !), que je ne sais toujours pas ce qui s’est passé en mai 1968, j’ai pourtant déballé mon matos que j’ai astiqué et lustré. Alors vous je ne sais pas, mais moi je sens que mai 2008, va être terrible, absolument terrible. Vous allez, me semble-t-il, a-do-rer ! Enfin une histoire qui se termine mal à laquelle je pourrais m’associer ?
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