Accroche :

Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.

(Eduardo Galeano)

Lundi 28 avril 2008

C’est difficile pour vous de l’avouer, mais je suis un chic type. Bien sous tout rapport. Bien intentionné. Bien monté aussi.

Le matin quand je me lève, je suis d’humeur égale. Je souris à la vie, je souris quand je me vois dans la glace. J’écoute les mauvaises nouvelles à la radio, elles glissent sur moi sans m’atteindre. Je suis toujours vêtu élégamment, sans jamais être fashion victim. Je ne prends pas l’ascenseur pour sortir de chez moi, afin d’économiser sur les charges communes. Dans les transports en commun, je ne m’assieds jamais. Je ne fixe personne du regard, j’ai toujours un sourire en réserve pour une personne âgée.

Arrivé sur le lieu de travail, je salue la réceptionniste avec un mot gentil et varié, en ne manquant pas de relever que la nouvelle coiffure lui va encore mieux que l’ancienne. Dans l’ascenseur, je n’explore pas mon nez avec mon index, et je ne badigeonne pas le panneau de commande de mon éventuelle récolte.

Il m’arrive de passer des heures à expliquer encore et toujours à mon assistante hystéro-maniaco-dépressive comment :

-          écrire un mail

-          sélectionner un nom dans la liste d’adresses

-          d’indiquer un titre à ce courriel

-          de joindre un fichier

-          d’insérer une signature électronique

tout en sachant qu’elle n’y arrivera jamais toute seule.

Au téléphone, je demeure poli et souriant même quand on refuse de me prendre en ligne. Je ne passe pas mes journées à surfer sur d’improbables sites internet, ou des blogs insignifiants (pourtant j’en connais un rayon). Je ne me gratte jamais entre les cuisses, même assis. D’ailleurs c’est simple : rien ne me gratte jamais.

 A la cantine, quand il ne reste qu’un seul flan caramel, je ne me rue pas dessus et le laisse à mon collègue derrière moi. Je prends une pomme un peu verte, et qui blessera probablement mes gencives un peu fragiles. Je ne prends pas de café, trop excitant.

Dans les soirées mondaines, je reste discret. Je ne rigole pas à haute voix et je ne hurle pas hystériquement à travers la salle tout en me tapant sur les cuisses « non, pas possible, toi Amiraaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal, ici ? » en apercevant la seule personne que je connaisse vraiment et en feignant une surprise intéressée. A table, je me contente d’un seul verre de vin quand on m’en propose et je le fais durer pendant tout le repas.

Lorsque la nuit je me lève pour faire pipi, et que je me cogne le petit doigt de pied dans le coin d’un meuble, je reçois cette épreuve divine en tant que telle et je m’assois quelques instants pour apprécier pleinement ces moments d’une rare intensité et qui me prouvent que j’existe.

Oui, en toute situation, je ne suis que Retenue, Abstinence, Abnégation Contrition Austérité (RAACA) car c’est ainsi que l’a voulu…

REVEIL  EN SUEUR -----------------------------------------------------------------------------

Quel cauchemar horrible. Je crois que ça me reprend. Elle m’avait prévenu. Une rechute est toujours possible. Et arrive quand on s’y attend le moins. 
 

Vite, mon téléphone.

- Allo, docteur Schneider ? Oui, je sais quelle heure il est, mais figurez-vous que…

par antenor publié dans : psychopathologie de la vie quotidienne
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Texte libre

Si vous avez raté le début :
Anténor, accessoirement Maréchal Président à Vie (MPàV) de l’Association des Pauvres Mais Travailleurs (APMT) déteste les chats, les lumières que l’on laisse allumées, sa psychanalyste le docteur Schneider. Il affectionne les histoires qui se terminent mal, les tomates, les poudres et machines à laver (uniquement avec hublot), l’humour noir, féroce, sarcastique. Il n’a aucun égard pour les veuves et les orphelins : il voudrait qu’il y en ait plus.
Enfin, il a démodé les Troubles Obsessionnels Compulsifs et patauge pathétiquement dans les Troubles d’Opposition avec Provocation, la mare jamais desséchée de son existence quotidienne.
Il est torturé en permanence par un doute qui le ronge insidieusement : doit-il ou non assister au prochain festival de Cannes ? Enfin, il est persécuté par La Rousse, la fille de l'insupportable docteur Schneider.

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