Accroche :

Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.

(Eduardo Galeano)

Mercredi 14 mai 2008

Par deux fois, j’ai eu l’occasion de visiter Berlin-Est du temps où la RDA existait encore, dirigée d’une main d’enclume par le génialissime E. Honecker. Je ne m’y suis pas senti à l’aise, j’avais l’impression d’être épié, le contact avec les allemands de l’est était froid et distant.

Lorsque je me suis décidé à visiter la Birmanie il y a quelques mois, je me suis demandé à quoi il fallait s’attendre. Je n’avais aucune idée de la forme de cette dictature à la réputation si terrible et de cette junte sans âme ni loi qui la dirige. De plus, je ne connaissais pratiquement rien de cette région du monde. Bien que des dizaines de moines venaient de se faire massacrer, je me décidai à « y aller quand même ». Non pas par quelque élan héroïque, mais par l’envie de savoir, de me rendre compte par moi-même comment il se vivait dans ce bout du monde que l’on disait fascinant par ailleurs.

Les formalités d’entrée dans le pays à l’arrivée ne durèrent pas longtemps, les bagages n’ont pas été fouillés à notre insu, ni contrôlés officiellement. Très vite, sur place, j’ai constaté l’absence totale « de junte ». Avec l’un ou l’autre des voyageurs du petit groupe que nous étions, nous plaisantions souvent en disant que nous allions nous plaindre si nous n’allions pas voir bientôt un généralissime. Nous parodions certains de nos célèbres slogans publicitaires « avec la Junte, vous ne viendrez plus chez nous par hasard » ou encore « vous en avez rêvé, la Junte ne l’a pas fait »…

Nous étions accompagnés d’un guide qui parlait très bien français, opposant au Régime, et avec qui nous avons pu discuter de politique à loisirs. A aucun moment donné, je ne me suis senti « suivi », « surveillé » ou « restreint ». J’ai pu me promener à Rangoon comme ailleurs tout à fait librement, seul. En toute sécurité. Et lorsque l’on s’arrêtait, pour regarder ceci ou cela, le contact avec l’habitant était très facile. Agréable. Désintéressé également.

Le pays vit dans un état de pauvreté monstrueuse. L’accès à l’information est contrôlé. La circulation automobile est faible, hormis Rangoon bien sûr. Il existe une loi sur la photocopie qui interdit de photocopier à plus d’un exemplaire tout document non officiel. Les Birmans ont droit à 10 timbres postaux par mois. Pas de téléphones portables, sauf pour les nantis bien sûr. Nos téléphones ne fonctionnaient pas non plus. Pour ceux qui ont la chance d’avoir une voiture, réquisitionnable à tout moment par le Gouvernement et sans dédommagement aucun, il faut savoir où prendre de l’essence sur le « marché noir autorisé ». Marché noir tenu bien sûr par des amis de la Junte. Maintenir dimanche dernier un référendum sur une constitution bidon dans les conditions que l’on sait : il fallait oser. Ils ont osé.

Maintenir un peuple dans une misère extrême en faisant de sorte qu’il ne s’occupe que de sa nourriture et de sa religion. Il fallait oser, ils osent. Je ne peux pas m’imaginer comment la population aurait pu être prévenu d’un danger aussi imminent qu’un ouragan. Peu de téléviseurs, pas de courant électriques (la nuit, les quartiers sont désservis à tour de rôle). Les « routes » sont tellement mauvaises qu’une vitesse supérieure à 35 ou 40 km/h est tout simplement impossible. Je n’exagère même pas.

Cette dictature brille par son absence et par son effacement. Elle vend, officiellement ou inofficiellement, toutes les ressources du pays à des pays amis ou voisins comme la Chine, la Russie... Alors la misère du pays… On n’a pas le temps de s’occuper de tout. Il faut oser… Lors d’une de nos haltes dans la campagne, une jeune femme d’une vingtaine d’années est venue se plaindre auprès de nous, ou plutôt auprès de notre guide qui nous a traduit : réquisitionnée, elle allait à son lieu de travail obligatoire sur un chantier gouvernemental. Chaque famille de la région était obligée de mettre à disposition une personne. Elle ne savait pas combien de temps ça allait durer, évidemment elle n’était pas payée.

 

Tant que ce pays aura des ressources, rassurez-vous : cette dictature n’est pas prête de tomber. Et au plus profond de moi-même je pleure. Je pleure d’avoir pu voir ce pays avant cette dévastation, je pleure pour tous ces nombreux sourires sincères que j’ai reçus, je pleure à l’idée de toutes ces souffrances et de cette misère accrue, je pleure devant mon impuissance et de nos passivités collectives, je pleure devant cette injustice terrible.

par antenor publié dans : Voyage en Birmanie
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Commentaires

Tu peux témoigner, pour pas qu'on oublie et ton billet est touchant de vérité et d'émotion. Tu nous touches par tes mots, et à défauts d'actes marqué, petit à petit, peut être que cela touchera de plus en plus de gens et que le monde finira par bouger... qui sait. L'espoir fait vivre.
commentaire n° : 1 posté par : Cassandre (site web) le: 31/05/2008 18:30:31
j'aurai vu cela au moins une fois : Antenor pleure.... il ya de quoi, ceci dit.
commentaire n° : 2 posté par : Andiamo le: 16/05/2008 18:25:03
Moi c'est Sichuan mon amour.
Mais le régime chinois est moins dur que le régime Birman, je pense.
C'est intéressant de noter que la religion est un dérivatif...comme au Tibet.
Je suis aussi allée dans cette région dévastée par le tremblement de terre où j'ai rencontré des gens et comme toi je pleure pour mon impuissance et mon bien-être. 
commentaire n° : 3 posté par : Rosa (site web) le: 15/05/2008 22:24:09

Dire que la junte a même réquisitionné les écoles où les sinistrés avaient trouvé asile pour organiser les "élections".
Merci pour ce texte.

commentaire n° : 4 posté par : manou (site web) le: 15/05/2008 10:52:05
Si au moins l'attitude de notre gouvernement face à ces dictatures pouvait entraîner une prise de conscience générale et le faire tomber...
commentaire n° : 5 posté par : Gwen (site web) le: 15/05/2008 08:46:30
Que peux-t-on faire ?  Pas grand chose ... Seuls les birmans, un jour, se libéreront de leus chaînes !
commentaire n° : 6 posté par : Tietie007 (site web) le: 14/05/2008 22:52:40
Merci.
commentaire n° : 7 posté par : MarcelD (site web) le: 14/05/2008 15:59:58
et je me rends compte que j'ai fait un gros lapsus : j'ai écrit fin au lieu de faim. Je suis persuadée qu'on y court. tout droit. sans méandres.
commentaire n° : 8 posté par : Freefounette (site web) le: 14/05/2008 10:00:16
Je suis écoeurée.
commentaire n° : 9 posté par : nathalie (site web) le: 14/05/2008 09:09:27
J'ai pensé à ton voyage et à ce que tu nous avais raconté de ce peuple, en voyant, hier soir, des sacs de riz empilés, gardés par l'armée, destinés  à l'exportation, alors que la population meurt de fin.
Et hier soir dans mon lit j'ai pleuré sur la connerie humaine.
que faire ? je sais plus là...
commentaire n° : 10 posté par : Freefounette (site web) le: 14/05/2008 08:59:17
Ce peuple vit au moyen age, mais exploité avec les méthodes modernes de l'économie mondialiste et amorale que les français soutiennent par leur vote.
commentaire n° : 11 posté par : Saoulfifre (site web) le: 14/05/2008 08:21:49
Je pleure avec toi. Et je maudis les ordures cyniques qui font affaires avec les généraux (http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=14406)... :~/
commentaire n° : 12 posté par : Tant-Bourrin (site web) le: 14/05/2008 05:12:00

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Si vous avez raté le début :
Anténor, accessoirement Maréchal Président à Vie (MPàV) de l’Association des Pauvres Mais Travailleurs (APMT) déteste les chats, les lumières que l’on laisse allumées, sa psychanalyste le docteur Schneider. Il affectionne les histoires qui se terminent mal, les tomates, les poudres et machines à laver (uniquement avec hublot), l’humour noir, féroce, sarcastique. Il n’a aucun égard pour les veuves et les orphelins : il voudrait qu’il y en ait plus.
Enfin, il a démodé les Troubles Obsessionnels Compulsifs et patauge pathétiquement dans les Troubles d’Opposition avec Provocation, la mare jamais desséchée de son existence quotidienne.
Il est torturé en permanence par un doute qui le ronge insidieusement : doit-il ou non assister au prochain festival de Cannes ? Enfin, il est persécuté par La Rousse, la fille de l'insupportable docteur Schneider.

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