Texte Libre

Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.

(Eduardo Galeano)

Mercredi 29 avril 2009

Madame,

 

J’ai bien reçu il y a peu votre audacieux courriel qui m’a impressionné à tel point qu’il m’aura fallu plusieurs jours afin d’y répondre. Ce que je m’empresse de faire par la présente, me sentant un peu moins vaporeux et un peu plus consistant.

 

Si je ne vous ai pas répondu tout de suite, c’est qu’il y a une raison à cela : j’ai décidé d’être un peu moins people. J’étais à Londres sur la pointe des pieds, à Strasbourg du bout des lèvres, à Prague en l’effleurant à peine, à Ankara dans un bruissement tout juste audible. Probablement, avons-nous été présentés à l’occasion d’une de ces soirées mondaines, ou m’avez-vous entr’aperçu, subjuguée par un de mes discours d’ouverture. Je peux le comprendre : ça fait toujours ça, ça se passe toujours comme çà.

 

Hélas, je crains que vous ne vous adressiez à moi, je l’ai bien compris, comme quand on regarde des chiots derrière une vitrine, les yeux brillants (les vôtres, pas ceux des chiots) et remplis d’espoir. En effet, sachez que je viens de démarrer, depuis que l’Amiral m’a quitté, une période de Renoncement, d’Abstinence, d’Abnégation et de Contrition. D’ailleurs, je dois vous avouer que j’ai remarqué avec quelle humilité rare, quelle retenue élégante vous vous êtes adressé à moi : pas un mot, pas une allusion, pas un faux-semblant concernant ma grosse… fortune. Je reconnais bien là une personnalité forte avec un imposant desseins.

 

Mais dites-moi, cet accent presque amusant que je subodore dans vos écrits, d’où provient-il ? Mère slave ? Grand-père allemand ?

 

Vous savez, j’aurais adoré que nous soyons bonnes copines, vous en mode à petit prix, moi en Hermès revival. Et puis ne nous cachons pas la vérité : quelques mois à peine nous séparent. Aujourd’hui cela ne compte pas à vos yeux, mais dans 10 ans… Porterai-je mes chaussures rouges encore si bien que maintenant ?

 

Ne croyez pas que je refuse tout contact de votre part. Mais vos mots si justes, si touchants, si forts m’ont remué profondément, m’ont stupésurpris à un point que vous ne pouvez imaginer. Je suis tellement retourné que quand je fais demi-tour je ne me retrouve pas sur le chemin d’où je viens, c’est vous dire. Je suis un Maréchal certes, mais un maréchal fragile tout de même.

 

Peut-être nos chemins seront-ils amenés à se croiser bientôt, prochainement à la Croisette, qui sait. Je suepute en vous une dame du monde, de tout le monde, oui… Vous n’êtes probablement pas de celles à s’intéresser de près aux machines à laver à chargement frontal. J’aurais pu évoquer avec vous le projet des laboratoires Anténoressor Inc. du lancement prochain de la toute nouvelle LAVO1200Speed Idéal mais j’ai l’intime conviction que le tour/minute est pour vous ce que la grippe est au porc.

 

Vous aurez la délicatesse, même le cÅ“ur brisé, je le sais, de ne pas continuer à vous adresser à mots émus à moi en ami.  Déjà, à la fin de ces quelques lignes, je vous sens vous éloigner de moi. Et je vous rends votre liberté que je ne vous ai pas prise. Merci. Merci pour tout mais surtout merci de rien.

Par antenor - Publié dans : rien-nest-vrai
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Si vous avez raté le début :
Anténor, accessoirement Maréchal Président à Vie (MPàV) de l’Association des Pauvres Mais Travailleurs (APMT) déteste les chats, les lumières que l’on laisse allumées, sa psychanalyste le docteur Schneider. Il affectionne les histoires qui se terminent mal, les tomates, les poudres et machines à laver (uniquement avec hublot), l’humour noir, féroce, sarcastique. Il n’a aucun égard pour les veuves et les orphelins : il voudrait qu’il y en ait plus.
Enfin, il a démodé les Troubles Obsessionnels Compulsifs et patauge pathétiquement dans les Troubles d’Opposition avec Provocation, la mare jamais desséchée de son existence quotidienne.
Il est torturé en permanence par un doute qui le ronge insidieusement : doit-il ou non assister au prochain festival de Cannes ? Enfin, il est persécuté par La Rousse, la fille de l'insupportable docteur Schneider.

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