Accroche :

Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.

(Eduardo Galeano)

Dimanche 7 août 2005

Cette année, j’ai pris une décision grave, j’ai eu beaucoup de mal à m’y tenir mais j’y suis arrivé. J’ai décidé de ne pas aller au Festival de Cannes. Du coup je me privai d’avance du crème de la crème (la Grème de la Grème comme dirait ma sœur) sur cette terre-ci : je n’allai revoir ni Pénélope Cruz ni Tommy Lee Jones. Je n’allais pas faire la connaissance de Zang Ziyi (en même temps ça m’arrangeait bien). Wim Wender ne me parle plus de toutes les façons, là n'était pas le problème. Pas d’éclats de rires avec Michel Piccoli et Emmanuelle Béart. Je sais que Sylvie Testud et Melvil Poupaud m’avaient prévu à leur table. Sharon Stone et Dark Vador comptaient sur moi pour leur After. Juliette Binoche attendait que je la rappelle, Carole Bouquet m’avait invité dans sa suite, Sophie Marceau voulait se confier à moi… Je voudrais encore m’excuser 100 fois auprès de Catherine Deneuve, Vincent Cassel et Charlotte Gainsbourg qui m’ont appelé plusieurs fois afin que je revienne sur ma décision. 

Après en avoir longuement parlé avec mon coach, j’ai assumé cette terrible décision et je décidai d’affronter tout-de-go le tapage médiatique que je risquai. Je jetai aussitôt aux oublis le petit discours que j’avais prévu. 

Mais je me souviens encore des premières phrases anodines que j’avais griffonné : « mes très chers amis de l’univers cinématographique (première salve d’applaudissements de 5 minutes), mon public adoré (standing ovation)… je me suis fait un peu rare ces temps-ci, je le sais (premiers sanglots dans la salle)… mais j’ai décidé de me consacrer entièrement à une œuvre caritative de pauvres mais travailleurs et vous ne soupçonnez pas les trésors d’énergie que j’ai du puiser pour m’en occuper (une femme s’évanouit)… vous ne soupçonnez pas non plus l’ampleur des forces du mal que j’ai du affronter… alors oui… je suis un peu fatigué… oui je suis un peu las… mais ce soir… oui… ce soir j’ai décidé d’être ici… parmi vous (un homme s’arrache sa chemise haute couture). Ce n’est pas moi qui suis venu à vous… mais c’est vous tous, si nombreux… qui êtes venus à moi… Et je voulais vous dire… Oui, je voulais vous dire… Combien votre présence ce soir est enrichissante pour moi… Merci (tsunami d’applaudissements)…». Début du discours que je ne prononcerai jamais… 

Je n’avais prévenu personne de mon absence : ni les organisateurs du festival, ni la presse sélect, ni la presse people, encore moins la télé ou la radio. Je voulais que mon absence passe incognito. Et alors je ne sais pas si vous vous en êtes rendus compte : un coup de maître, ça a bien fonctionné. Pas une seule revue, ne serait-ce que Voici, pour en parler. Pas un seul reportage au 20hoo de Claire Chazal. Pas la moindre dépêche AFP ou Reuters. Mon absence est passée totalement sous silence. La perfection comme rarement elle aura été approchée. Ca a même tellement bien marché que je me demande si je ne vais pas recommencer l’année prochaine. Vous voulez une seule raison qui motive cette volonté de ne pas aller à ce festival ? On voit que vous n’avez jamais approché de près Lisa Minelli… Elle est tellement liftée qu’elle est obligée d’arrondir les mots quand elle parle… Et tout le monde a les yeux rivés sur elle en se demandant si ça va tenir jusqu’à la fin de la séance… 

Et puis souvenez-vous, en 2003 : le mec qui a marché sur la robe de Carole Bouquet pendant qu’elle montait les fameuses marches… Ah, vous n'y étiez peut être pas ?

par antenor publié dans : rien-nest-vrai
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Texte libre

Si vous avez raté le début :
Anténor, accessoirement Maréchal Président à Vie (MPàV) de l’Association des Pauvres Mais Travailleurs (APMT) déteste les chats, les lumières que l’on laisse allumées, sa psychanalyste le docteur Schneider. Il affectionne les histoires qui se terminent mal, les tomates, les poudres et machines à laver (uniquement avec hublot), l’humour noir, féroce, sarcastique. Il n’a aucun égard pour les veuves et les orphelins : il voudrait qu’il y en ait plus.
Enfin, il a démodé les Troubles Obsessionnels Compulsifs et patauge pathétiquement dans les Troubles d’Opposition avec Provocation, la mare jamais desséchée de son existence quotidienne.
Il est torturé en permanence par un doute qui le ronge insidieusement : doit-il ou non assister au prochain festival de Cannes ? Enfin, il est persécuté par La Rousse, la fille de l'insupportable docteur Schneider.

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