
Nous sommes contre la médiocrité. Nous voulons nous compromettre avec la personne humaine.
(Eduardo Galeano)
Réveil tôt ce matin. Se dépêcher, prendre moins de temps que d’habitude : 1er rendez-vous à 9hoo déjà. « Soyez à l’heure » a dit le client. Pas l’air commode celui-là. Une douche un peu plus froide pour enlever les derniers effets du Lexomil. Brancher le rasoir, rasage de près. Débrancher le rasoir, le ranger. Prendre la brosse à dents de son support de recharge électrique. Se brosser les dents. En même temps aller dans la cuisine, chercher et humecter un filtre à café, le remplir de café, faire un café un peu serré. Retourner dans la salle de bains. Se rincer la bouche. S’hydrater la peau, parfum. Se rendre dans le dressing. S’habiller. Aller dans le salon, brancher la télé, I-Télé pour les premières nouvelles du jour. Se rendre dans la cuisine, chercher une tasse, verser le café, chercher du lait. Noter que dans le réfrigérateur il n’y a plus que de la lumière et du lait. Penser à faire des courses. URGENT. Rajouter un peu de lait pour refroidir le café. Trop de lait, boire le lait froid au café tout de même. Oter le téléphone portable de sa base de recharge. Ce matin, prendre en compte le fait que ça va mieux. D’ailleurs ça va mieux. Ne pas y penser. Ne plus y penser. Une fois prêt se donner 15 secondes pour sortir. Bien ! Retourner dans le dressing, mettre les chaussures, nouer les chaussures. Enfiler la veste. Se mirer une dernière fois dans la glace. Prêt, je suis prêt. Allez 15 secondes pour sortir : coup d’œil rapide dans la chambre. OK. Ouvrir et fermer la porte de la salle de bains pour vérifier : c’est OK. Jeter un œil dans la cuisine en passant, ouvrir la porte d’entrée, prendre la pochette avec les dossiers, le téléphone, fermer la porte d’entrée de l’extérieur. Vite, verrouiller à double tours.
Super ! Réussite à 100 %. Quand je disais que ça va mieux ! Prendre 30 secondes pour souffler avant d’y aller, merci mon Dieu. Je serais même en avance pour mon rendez-vous.
Le dressing ! Putain le con, j’ai oublié la lumière dans le dressing. Faut que j’y retourne. Si j’y retourne je n’en ressortirais pas, je le sais. Tant pis pour la lumière dans le dressing. Mais je ne supporterais pas l’idée que la lumière soit allumée dans le dressing. Si l’ampoule éclate, et que l’appartement prend feu, les assurances ne me rembourseront même pas parce que je savais que la lumière était allumée dans le dressing. Putain de putain de dressing ! Bon je rentre, je fonce, j’éteins, et je ressors. D’ailleurs je laisse ma pochette avec les dossiers sur le palier.
Réouverture de la porte à clefs, ne pas allumer la lumière, foncer au bout du couloir, se concentrer. Ne regarder ni à droite ni à gauche. Foncer tout simplement. Ouvrir la porte du dressing. Eteinte ! La lumière est éteinte. Quel con ! Quelle panique pour rien. Ne pas réfléchir. Demi-tour. Fixer la porte principale, c’est bien. Encore 5 mè… LA TELE ! J’AI OUBLIE D’ETEINDRE LA TELE. Comment n’ai-je pas entendu la télé en sortant ? Garder son calme, garder son sang-froid. Ah non, ça ne va pas du tout ce matin. Si j’ai oublié la télé, c’est que j’ai pu oublier autre chose. Recommençons par la chambre à coucher. Lumière : l’allumer, l’éteindre. Donc si j’allume je vois qu’elle est allumée. Oui, c’est bon ça marche. Je peux l’éteindre. Rien de branché sinon ? Le câble de l’aspirateur : que fait-il si près de la prise ? L’éloigner, on ne sait jamais. Salle de bains : le rasoir est rangé, c’est bon. La brosse à dents ! Débrancher le chargeur de la brosse à dents. Ce n’est pas bon de le laisser branché. Il pourrait chauffer et provoquer un incendie. La brosse à dents fonctionne sans le chargeur. Normal, puisque je l’ai chargée. Mais vaut peut être mieux la décharger pour pas qu’elle se mette en route toute seule. Laissons la tourner, je reviendrais tout à l’heure pour vérifier. Lumière : l’allumer, l’éteindre. Allumer : l’ampoule brille, c’est ok. Eteindre, elle est éteinte. Ca marche. Comment ai-je pu oublier d’éteindre la télé ? La cuisine, vite la cuisine encore : le frigo. Non, je ne dois pas le débrancher. J’ai promis que je ne le débrancherais pas, je dois et peux le laisser branché, je le sais. En même temps, il ne contient pas grand-chose en ce moment, donc je pourrais le débrancher. Non, le laisser branché. S’asseoir. Faut que je m’asseye un peu pour reprendre mes esprits. Ne pas paniquer. Surtout rester calme. S’il faut que je débranche le frigo pour que ça aille, je le débrancherai. Mais pour l’instant, ça va. All is under control. La porte d’entrée est ouverte. Récupérer la pochette avec les dossiers. Refermer la porte d’entrée. Ca ne sera pas aussi rapide que je le pensais. J’ai encore quelques minutes pour tout vérifier une toute dernière fois, enfin je crois. La machine à café, éteinte. Débranchons-là ! Salope ! Tu croyais que tu pouvais restée branchée toute la journée hein ! Le disjoncteur général ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé plutôt. Oui mais le frigo, il faut qu’il reste branché. Je l’ai promis. Retourner dans le salon. Lumière : l’allumer, c’est bon, je suis ébloui. Clic, c’est éteint : ça marche. Il faut que la lumière reste éteinte. Pour le frigo : tant pis s’il est débranché alors… non, il faut qu’il reste branché. Si je coupe le courant général, ôter les fusibles. Il ne faudrait pas que le courant revienne tout seul. Mais avant, oui… avant… attends ! Bonne idée ça :
« Allo ? Docteur Schneider ? Dites pour le frigo qu’il faut laisser branché. C’est bien ça hein ? Il faut qu’il reste vraiment branché ? On ne pourrait pas remettre cet objectif à demain ? »
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